Grandir avec un frère autiste

Theo et Felix - Grandir avec un frere autisteEn ce mois de l’autisme, nous avons demandé Théo, 17 ans qui est le frère de Félix, 19 ans et autiste de répondre à quelques questions. 

Théo, quand as-tu découvert que ton frère est différent ?

J’ai toujours su que mon frère était différent. On ne me l’a jamais dit officiellement. Il est mon frère ainé, mais c’est moi qui naturellement ai toujours agis comme le grand frère, peut-être à cause de ma personnalité, mais je crois que dans le fond de moi je le savais qu’il avait besoin de moi.

Pourquoi ton frère avait-il besoin de toi ?

Félix ne parlait pas quand il était jeune, mais je le comprenais. Je devinais souvent ce qu’il voulait dire et j’ai naturellement commencé à parler pour lui, à expliquer ses besoins à l’école, dans les activités ou avec les amis. Je l’apportais avec moi dans mes activités et ça n’a jamais fait de différence pour moi qu’il soit justement différent.

Est-ce que tu le dis à tes amis qu’il est différent, pourquoi ?

La plupart du temps, je ne dis rien. Quand j’en parle, les gens m’obstinent. Ils me disent que ce n’est pas comme ça un autiste. Alors je leur demande ça ressemble à quoi alors un autiste ? Ils ne peuvent jamais me répondre.

Les gens manquent d’éducation. Ils pensent qu’un autiste porte une étiquette dans le front ou qu’il est complètement débile. Ils pensent qu’un autiste est automatiquement un déficient intellectuel. Mon frère est loin d’être un débile ; il est même très intelligent.

Est-ce que ton frère ou toi avez déjà été rejeté à cause de l’autisme ?

Quand nous étions plus jeunes, j’ai vu des jeunes intimider mon frère ou encore essayer de profiter de sa naïveté. Eh oui ! Ça arrive encore. Mais les gens sont de plus en plus ouverts sur la différence et ils veulent que l’on leur explique.

Qu’est-ce qui est le plus dur dans sa différence ?

Ses tocs. Félix a besoin d’une routine et de faire les choses toujours de la même manière. Par exemple, quand on déneige, il prend toujours la même pelle, va dans le même sens, met la neige a exactement la même place, même quand il n’y a plus de place. Si je lui demande de mettre la neige un peu plus loin où autre chose, il se met en colère, il « bock » et il lui arrive de « péter les plombs ».

Il faut toujours tout planifier et le préparer à nos sorties. Si l’on veut faire un petit changement, c’est la crise. Ça nous freine dans nos activités familiales.

Qu’est-ce que tu aurais envie de dire aux gens qui ne le connaissent pas ?

Je leur dirais que d’être autiste ce n’est pas « visible », que c’est simplement un mode de fonctionnement différent, peut-être étrange pour nous les « gens normaux », mais qui fonctionne très bien pour lui. Il faut arrêter de vouloir le changer et l’accepter comme il est. Il a d’ailleurs de grandes forces. Il est d’une logique infaillible par exemple.

Puis je leur dirais que même s’il est différent, il a des rêves d’avenir semblable aux autres jeunes de son âge. Il veut lui aussi un métier, se marier, s’acheter une maison, avoir des enfants. Sa différence risque de lui apporter des défis supplémentaires, mais je dirais qu’il a une force intérieure incroyable que je lui envie.

Finalement, avoir un frère autiste n’a pas été un obstacle dans ma vie. En fait, sa différence m’a permis de développer une ouverture sur les autres que je n’aurais pas développée naturellement. Sa différence a fait de moi une meilleure personne !

Chantal et Théo,
Texte d’un petit grand frère comme il dit.

avril 21, 2017

  • Bonjour Théo,
    Tu sais Félix sait qu’il a un petit grand frère sur qui il peut compter. Ça c’est important!
    Vous apprenez des choses différentes ensemble, chacun contribue à faire grandir l’autre dans ce qu’il est et dans le respect.
    Chacun reçoit son cadeau! Quel beau partage!
    Merci Théo
    Et Chantal

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