Avoir peur de son fils

Il avait 8 ans et tout pour lui : de magnifiques yeux bleus, un large sourire communicatif et du verbe comme personne, et pourtant …

Comme réveillée dans le milieu d’un cauchemar, je le revois courir après son frère un couteau à steak dans une main, un grand couteau de boucherie dans l’autre. Ben voyons ! Qu’est-ce qui se passait ? Allez Maman, crime réagit ! Fais quelque chose!  J’étais gelée. Cette image surréaliste me glaça le sang et c’est le cas de le dire, j’en ai perdu mon sang-froid. Mais c’était pourtant réel. Je ne rêvait pas.

Depuis quelque temps, j’avais peur de mon fils, peur qu’il me fasse vraiment mal, physiquement. Toutefois, je n’aurais jamais cru qu’il puisse s’en prendre à son frère. Tant que ce n’était que moi qui souffrais, ce n’était pas si grave, mais maintenant qu’il menaçait son frère, ce n’était plus la même chose. Je devais agir et vite. J’ai alors lâché un vrai cri de mort. Je l’ai appelé par son nom et il a cessé de courir pour me regarder pendant que son frère s’enfuyait à toutes jambes. Comme s’il avait saisi toute l’horreur de son acte, il a lâché les couteaux et s’est enfui en pleurant dans un coin de la pièce.

Comme si le temps s’était arrêté, j’ai revu dans ma tête quelques images des derniers mois. La première fois où il m’avait insulté, la première fois où il m’avait menacé, la première fois où il m’avait frappé. Cette escalade de violence était-elle prévisible, évitable ? Aurais-je dû prévoir les coups ? Ça faisait des semaines que je me posais sans cesse les mêmes questions. Qu’est-ce que je pouvais faire ? À qui pouvais-je ne parler ? Qui me croirait de toute façon ?

 

 Aujourd’hui, j’ai une belle relation avec mon fils et surtout, je n’ai plus peur. J’ai mis mes limites et il a appris à les respecter. Nous avons travaillé et trouvé ensemble des moyens pour canaliser les mauvaises énergies, des moyens pour exprimer correctement son désarroi face à certaines situations et retrouver une vie plus paisible. Je peux enfin affirmer que je suis très fière du jeune homme qu’il est devenu.  

 Si j’ouvre cette douloureuse fenêtre sur un passé pas si lointain c’est pour vous dire que oui c’est possible et si vous le souhaitez, nous sommes là pour vous écouter. Ne restez plus seul avec cette souffrance, venez en jaser avec des parents qui l’ont vécu eux aussi.

février 10, 2018

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