Victime de mon enfant – une maltraitance taboue

On m’a demandé de parler d’un sujet tabou… même très tabou dans les familles. Sur le coup, j’ai dit oui, car j’en entends parler et en lis sur des groupes de parents chaque semaine et c’est pour moi une réalité que j’ai vécue. Après coup, je me suis dit ouf…je vais me faire tirer des roches en écrivant sur ça ! En discutant avec d’autres parents de Parents+, j’ai compris qu’on devait parler de cette violence dans les familles. Y’a-t-il un terme pour un parent qui vit de la violence de son enfant physique ou même verbale ? Probablement que oui, mais le sujet est tellement tabou que je ne l’ai pas trouvé!

Pourquoi est-ce si tabou même dans les familles et même dans le milieu des intervenants ? Bien que cela ne soit que mon analyse personnelle d’une simple maman, je crois que l’expression « un enfant ça pas de malice » résume bien pourquoi les parents se taisent. On entend : « les enfants apprennent du comportement de leurs parents… la violence est acquise dans la famille et non innée chez l’enfant…un enfant de 4 ans ça peut pas être dangereux voyons… » Je pourrais continuer ainsi longtemps …

Je vous entends dire, mais comment est-ce possible alors que le parent accepte ça ? On ne l’accepte pas, mais comment se défendre face à un enfant qui menace de vous tuer à 6 ans en vous frappant enragé comme un animal sauvage parce que vous lui avez dit d’aller se coucher comme tout parent ? On n’accepte pas non plus de se faire traiter de con ou conne, de se faire menacer ou cracher au visage. On demande de l’aide et l’on subit ,car c’est long avoir de l’aide et qu’on accepte de vous croire. De croire que le parent n’y est pour rien, que l’enfant a quelque chose de différent, qu’il devient par moment dangereux pour lui et les autres, bien qu’il a l’air d’un ange.

Moi et mon mari nous sommes des parents exemplaires et dévoués pour nos enfants. Par contre, il y a deçà quelques années nous avons dû craindre notre enfant de l’âge de 2 à 7 ans. Craindre qu’il nous attaque nous ou nos autres enfants. Maintenant, j’en parle sans pleurer, car tout ça est du passé, il a grandi, il a appris à gérer ses émotions et comprendre sa force. Ça fend le cœur d’aborder avec son mari la possibilité que notre enfant soit psychopathe et qu’il vous regarde en disant « moi aussi j’y pense… » Réaliser que l’anxiété pointe son nez à chaque fois que le petit revient à la maison, comme une femme qui a peur de son mari violent qui rentre du travail. Protéger les petits de leur ainé pour leur éviter morsures et œil au beurre noir, grafignes, tout ça laisse des traces psychologiques à toute la famille. Faut le vivre pour comprendre et je n’aurai jamais assez de mots pour vous l’expliquer.

Il y a des histoires de toute sorte que j’entends tout bas de parents à ce sujet et je leur dis toujours « n’en dis pas plus je te crois… ». N’allez pas croire que dans ces familles l’enfant n’a pas d’amour ou d’aide malgré sa difficulté. Parfois, l’amour est tellement fort et la violence tellement dévastatrice que par amour les parents vont placer l’enfant quelques mois ou années. Oui, la DPJ place aussi des enfants de bon parents qui n’en peuvent plus de cette violence, le temps qu’enfin l’enfant soit plus stable ou évalué.

Pour les parents qui se sentent interpelés par mon texte je vous invite à venir discuter moi et d’autres parents qui vivent ou ont vécu de telles situations le 20 février. Nous tenterons de vous apporter aide, ressources et support; et surtout, compréhension.

« N’en dis pas plus je te crois… ».

France

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